Délégationde Haute-Loire

Être bénévole

Texte écrit en lien avec les expériences des personnes bénévoles au Secours Catholique et les personnes accueillies.

Être bénévole c’est donner, oui, mais c’est aussi beaucoup recevoir.

Donner et recevoir

Soledad

Tu m’as dit, je suis fatigué. Puis, tu as souri.
Quand tu souris, ta bouche creuse des sillons profonds.
Ta peau se plisse en un million de crevasses, de ridules faisant sortir ces petites taches brunes qui marquent ta vie plus ancienne que la mienne.
Le tour de tes yeux aussi fait crevasses.
On voit que tu es un homme qui a beaucoup ri, beaucoup aimé.
Un homme qui a compté pour les autres.
Je pourrais suivre de mes doigts toutes tes joies et toutes tes peines, mais je pense que jamais je n’oserai faire cela. Toucher est une forme d’abandon qui n’a plus cours ou très peu, seulement avec nos proches. Très près, très proches. Mais tu n’es pas de ceux-là.

Je te visite chaque semaine, car tu es seul.
C’est une assistante sociale qui nous a parlé de toi.
Tu m’as dit la première fois que tu avais tenu un restaurant dans la région, un des plus grands.
Une nuit, il a brûlé. Tes enfants n’ont pas voulu prendre la suite, alors tu n’as pas reconstruit. Tes bras sont retombés le long de ton corps, eux qui avaient tant pétri, coupé, lavé, épluché, garni, embelli.
Tes enfants sont partis loin. Ta femme avait depuis longtemps rejoint un Dieu auquel tu ne croyais plus.
Tu avais des larmes dans les yeux, des larmes dans la voix.

Chaque semaine, je t’apporte des journaux, on papote.
Il y a le chien. Il n’aboie plus quand je me gare. Il vient me lécher la main.
Tu dis « il vous aime bien ». Mais j’ai toujours envie de te dire « moi c’est vous que j’aime bien ».
Tu as toujours de jolies anecdotes à me raconter.
Je te parle de mes soucis depuis peu de temps et tu m’aides à passer au-dessus, à réfléchir, à aimer, à tolérer.
Tu m’offres le thé. Ce n’est pas ma tasse, mais le tien est bon.
Tu me dis que tu as ton fournisseur à Lyon. À Lyon, tu y vas en train, deux fois par an, pour y voir de vieux amis et pour y acheter « le thé ».
Tu me dis, je suis fatigué. Puis tu souris.
Tu fermes les yeux comme si tu dormais en faisant un rêve merveilleux.
Tu me dis merci.
Pourtant c’est à moi de te remercier.
Merci Georges, merci.
D’être ce que tu es et d’aimer ce que je suis.

VL

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