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Quand la précarité énergétique gâche le quotidien (un article paru dans le Progrès)

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Article paru dans LA TRIBUNE-LE PROGRES , Mercredi 28 janvier 2026, par Eléna RONEY


«15 °C degrés dans la maison» :  quand la précarité énergétique gâche le quotidien

Nour s'est installée avec son mari et ses quatre enfants Frugères-les-Mines, près de Brioude, à l'été 2022. Dans son logement très mal isolé, la famille a subi de plein fouet le froid, avec des températures pouvant parfois être négatives. Elle a pu être aidée par des associations dont le Secours catholique, pour rénover son logement. En Haute-Loire, ce sont 30 % des ménages qui vivent en situation de vulnéra­bilité énergétique.


«Quand on vit dans le froid, c'est hor­rible. On n'arrive plus à penser à au­tre chose », commence doulou­reusement Nour (prénom d'emprunt), qui a préféré rester anonyme car peu de gens de son entourage connaissent sa situation. «Je n'ai pas osé dire qu'on vivait dans cette misè­re
Avec son mari et ses quatre enfants, ils se sont installés dans une maison de 160 m2 à Frugères-les-Mines, au nord de Brioude, en août 2022. Un achat fait en 2020, après une réflexion de plus de trois ans, en vue d'ouvrir un restaurant. Seulement, lors de leur instal­lation, le conjoint de Nour se voit diagnostiquer un cancer. Un coup de massue.« On a dû abandonner l'idée du restau­rant et je n'ai pas pu retrouver du travail car je devais m'occu­per des enfants quand mon ma­ri était à l'hôpital », témoigne Nour.


«Quand il a commencé à faire froid, c'était le début du cauchemar»
«Quand nous nous sommes installés pendant l'été, nous n'avions pas remarqué que nous avions emménagé dans une véritable passoire thermi­que, indique Nour. Quand il a commencé à faire froid en oc­tobre, c'était le début du cau­chemar.» Car la maison que son mari et elle ont achetée n'a pas été habitée pendant treize ans et est extrêmement mal isolée. Comme 30 % des ména­ges en Haute-Loire selon l'Insee, la famille se retrouve en si­tuation de précarité énergétique.
«Il y avait des trous dans la toiture, on devait mettre des seaux en dessous quand il pleuvait. On avait beau mettre le chauffage à plein régime, toute la chaleur s'échappait.» Du cô­té des fenêtres, la famille a dû les condamner un temps, car elles étaient cassées, les obli­geant à vivre dans le noir.


Des températures négatives dans la maison
En plein cœur de l'hiver, les températures sont parfois né­gatives dans la maison. «Je cui­sinais et la vapeur gelait sur les murs, se rappelle tristement Nour. Parfois, quand je versais du thé dans un verre, il se bri­sait. Et mes enfants me disaient "maman, on n'arrive pas à man­ger, il fait trop froid"
Cette situation lui brise le cœur. « À cette époque, mes en­fants ne pouvaient prendre qu'une douche par semaine, car il faisait beaucoup trop froid. Pendant que mon mari était à l'hôpital, nous dormions tous les cinq dans la même chambre. Nous devions empi­ler les pulls et les couvertures. Nous ne pouvions pas avoir de loisirs, car nous n'avions pas les moyens. Je sentais que je pri­vais mes enfants de choses très simples, et c'était le plus com­pliqué.» D'autant que les dé­penses pour le chauffage appa­raissent très élevées à la fin de l'année: « En 2023, nous avons dû verser 2300 euros à notre fournisseur, en plus des 220 euros payés chaque mois. »


50 000 euros de rénovation énergétique
Devant une situation que Nour qualifie de «désespérée», elle se tourne vers le Secours catholique en janvier 2023. L'association commence par prêter des chauffages d'ap­point à la famille. Puis, elle fi­nance une partie de la rénova­tion énergétique. À partir de février, ce sont les fenêtres qui sont changées. Puis, en 2024, l'isolation du toit et d'un mur est réalisée. Coût total de l'opé­ration? 50 000 euros, dont 10 000 pris en charge par l'as­sociation.
Alain Guérin-Boutaud, délé­gué départemental du Secours catholique, dont l'association se trouve de plus en plus con­frontée à des personnes en si­tuation de précarité énergéti­que, explique: « Nous venons en aide aux foyers les plus en difficulté.» Ces aides peuvent être financières : régler une facture de fioul, d'électricité ou de bois, ou en nature, avec le concours de l'opération « Bûcherons solidaires » , « Ce sont des bénévoles qui coupent du bois, notamment dans l’Emblavez. Soit des personnes vien­nent le chercher, soit nous le distribuons. » Une commission partenariale entre le Secours catholique, le Secours populai­re, Emmaüs et la Croix-Rouge a également été créée il y a plu­sieurs années et permet de tra­vailler en commun sur des dos­siers.


« L'énergie est devenue notre premier poste de dépense»
Ces dernières années, de plus en plus de foyers font appel à ces associations pour les aider à régler leurs factures d'énergie.« En 2022, le premier poste d'aide au Secours catholique de Haute-Loire était l'alimentation, qui repré­sentait 21 000 euros, et l'éner­gie était le troisième pour 10 000 euros, décrit Alain Guérin-Boutaud. En 2024, cette tendance s'est inversée, et l'énergie est devenue notre premier poste de dépenses pour 20 000 euros et l'alimen­tation est passée troisième pour 10 000 euros. En 2025, nous avons dépensé 22 000 euros pour l'énergie.» Il indique que pour la première fois, des familles sont arrivées avec des factures énergétiques s'élevant jusqu'à 4 000 euros à la fin de l'année, « du jamais vu ». Quant aux profils des person­nes aidées? « Des familles mo­noparentales, souvent des mè­res seules, des jeunes ménages qui sont attirés par un loge­ment moins cher mais qui ne se rendent pas compte qu'ils em­ménagent dans une passoire thermique, ainsi que des re­traités très précaires », selon Alain Guérin-Boutaud. Il a éga­lement repéré plusieurs po­ches de pauvreté dans le dépar­tement: « Dans le Brivadois, l'est de Craponne-sur-Arzon et autour du Monastier-sur-Gazeille », même si les foyers aidés par les 300 bénévoles se trou­vent partout.


La maison de Nour nécessite encore 23 000 euros de travaux
Nour se dit « extrêmement re­connaissante » de l'aide appor­tée par les associations. « En 2023, je ne savais plus com­ment gérer la situation. J'avais tellement froid que la journée, quand les enfants étaient à l'école et mon mari à l'hôpital, je pouvais passer l'après-midi dans ma voiture, en mettant le chauffage, tellement je n'en pouvais plus. » Quand en 2024, les travaux sont enfin termi­nés, ses enfants peuvent avoir chacun leur chambre et Nour trouve un travail. « Ce que j'ai vécu comme misère, je ne le souhaite à personne », souffle-t-elle, émue.
Aujourd'hui, il reste trois murs à isoler dans la maison. Des travaux dont le devis s'élè­ve à 23 000 euros.  « Comme je suis en CDD, les banques refu­sent de me faire un crédit à taux zéro. Je trouve ça injuste, car je travaille sans interruption de­puis le début de mes contrats », lâche-t-elle amère. Pourtant, il est indispensable que l'isola­tion soit refaite, « car quand il a fait très froid, la température peut tomber à 15 °C dans la mai­son. » Mais pour l'instant, « le budget est trop serré


Eléna RONEY
 (photos d'illustration Secours Catholique)

(texte repris avec l'aimable autorisation de l'auteure que nous remercions)